Mikio Watanabe – Un mystere qui prend corps

Avec patience, je grave en cultivant le silence. J’aime l’anonymat des corps, les gestes non dits, les éloges de l’intime.

Je suis le fils d’un artisan menuisier et je garde de mon enfance au Japon un goût pour les espaces vides et l’observation de la nature.

Depuis mon départ du Japon, je n’ai cessé d’explorer les secrets de l’image et de certains supports révélateurs. Mystère de l’encre qui se dépose au moment voulu sur un réceptacle choisi. Enigme du cuivre que j’aurai auparavant apprivoisé et préparé tout en douceur. Alchimie du papier, de son grain aussi subtil que le grain de la peau, de sa surface révélée par le jeu de l’ombre et de la lumière.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les techniques singulières, les rituels qui se transmettent de maître à élève, les secrets qui ne se livrent qu’après plusieurs années de combat. De mon enfance à Yokohama et de mon adolescence à Tokyo, je ne retiendrai que quelques épisodes bien précis : l’odeur des copeaux dans l’atelier de mon père, artisan-menuisier, le ciselé des contours, l’exactitude du geste qui mène de l’entaille à l’empreinte. Plus tard, bien plus tard, je me rappellerai le temps de l’observation, les promenades en pleine nature, les paysages enneigés au nord-est de la Sibérie, les premiers aperçus du corps humain par le croquis et la photographie. Le corps féminin garde ainsi tout son mystère, toute sa force d’évocation. Nul besoin d’expliquer ce qui se devine, ce qui se cache derrière les apparences. Désormais nulle autre perspective que le galbe d’une épaule, l’ovale d’une main ou le grain de la peau, dans les émerveillements du jour…..

Je suis intimement persuadé qu’au cœur de toutes les choses existant dans ce monde, il y a quelque chose de très simple et pur qui dépasse la complexité des apparences. Cette pureté est par essence puissance et beauté

Mikio Watanabe